
La compagnie
Féminin Singulier
Une compagnie qui défend l’écriture des femmes au théâtre, et qui s’est donnée les moyens de créer autrement, avec un collectif et un lieu de recherche : le Laboratoire. La compagnie Féminin Singulier est par ailleurs associée à la Cie de L’Esquisse & By COLLECTIF pour la gestion et la programmation du Théâtre Marc Sebbah de Muret (31).
Depuis longtemps, la question des femmes est au cœur de mes engagements artistiques et personnels. Au cours de ma vie professionnelle, que ce soit en tant que comédienne ou en tant qu’autrice, LA question de mon genre s’est imposée très tôt. À mes débuts d’autrice j’ai entendu, lors de lectures de mes pièces : « vous avez une écriture d’homme ». Cette phrase a raisonné longtemps.
Que signifiait-elle ? Je dois avouer qu’il y a vingt-cinq ans, je l’ai prise pour un compliment. C’était mon passe pour m’installer aux côtés des auteurs, à égalité. Erreur. Non seulement ce passe n’était qu’une façade, une illusion, mais il a effacé sournoisement mon identité, en tant que femme. Cette cape d’invisibilité que je croyais avoir mise pour me fondre parmi les hommes me rendait plus vulnérable, puisque non seulement elle ne cachait pas mon genre mais elle m’incitait à penser comme eux. Et puis, je me suis finalement demandé pourquoi j’avais été flattée que l’on considère mes pièces comme « masculines ». Quel mécanisme s’était mis en place ?
Facile, depuis mon enfance, dans les années quatre-vingt, faire partie du « sexe faible », c’est bien comme ça qu’on l’appelait, était un handicap. Dans la famille pour commencer, à l’école, au lycée, dans l’espace public. J’enrageais souvent devant les privilèges qui ne m’étaient pas destinés. J’admirais l’aisance naturelle des garçons, l’arrogance des puissants, la route infinie qui leur était ouverte et je restais là, à les regarder en me disant : moi aussi je veux en faire partie ! J’ajustais tout mon être pour me fondre parmi eux, je prenais des airs de garçons, je me battais, je parlais comme eux, je tentais tout pour obtenir cette fraternité tant enviée. Et ils m’ont accepté. J’étais des leurs. Facile, je me suis dit. Mais c’était un leurre.
Ces hommes-là n’ont pas de pouvoir, ils n’en font pas partie, c’est le grand système patriarcal qui gère, c’est lui qui décide. Voilà le grand mur qui se dresse devant moi, devant nous. Nul besoin de se déguiser, rien ne passe au travers. Alors autant se battre avec nos armes et ne plus se dissimuler. Autant regarder le mur en face. Observer ses moindres failles, ses plus petites fissures. Et écrire « comme une femme. »
Le Laboratoire
Le lieu où se pensent les créations
Le Laboratoire se compose d’autant de personnes qui souhaitent apporter leur propre témoignage et réfléchir aux différentes propositions artistiques de la compagnie. Majoritairement féminin, même si les hommes qui souhaitent participer y sont conviés, il est essentiel pour la compagnie que les femmes puissent y avoir une place importante et sécurisante. Quel que soit le métier, le statut social, l’âge, les cultures, chacun·e est invité·e à participer.
Un rendez-vous mensuel où l’on se regroupe pour partager expériences, vécus et construire ensemble une structure pour les futures créations. Une équipe qui prend le temps de réfléchir, d’exprimer, d’écouter, de débattre autour des thèmes qui préoccupent la compagnie.
Avec la thématique de la prochaine création, Héroïnes, l’espace du Laboratoire offre les premiers mots, les premières réflexions qui alimenteront le texte final. Penser avec le groupe, sans la pression d’un résultat, croiser les chemins, se rencontrer, s’écouter, se tromper, reconstruire, recommencer. Le Laboratoire peut être fixe ou itinérant, sans contrainte, libre de se réunir ou pas.
Participant·es
- Christel Larrouy – Autrice, comédienne
- Julie Malka – Régisseuse générale, porteuse du projet Éclosion
- Lydie Valade – Directrice de recherche honoraire au CNRS depuis 2021
- Françoise Viala – Chargée de communication scientifique au CNRS
- Gilles Lacoste – Comédien
- Fabien Monfréda – Coordinateur département Mathématiques, IPSA
- Christiane Fourcade – Caissière à la retraite
- Rachel Seguy – Ingénieure hydrographe
- Sara Perrin – Comédienne
- Nicolas Dandine – Comédien, scénographe
- Mirabelle Miro – Comédienne
- Delphine Bentolila – Autrice, comédienne
- Romain Gaboriaud – Producteur
