Monsonges

par Vladimir Vasilev

Cette exposition a été réalisée avec le spectacle Demain j'ai oublié afin de créer une passerelle entre les arts visuels et les arts de la scène. Ce travail est réalisé au sein de l'EHPAD, du SSIAD (services de soins infirmiers à domicile) et de la Halte-Répit de Rieux-Volvestre, Haute-Garonne. Certaines photographies sont aussi prises au domicile des aidants. Les personnes sur les images sont des patients atteints de maladies neurodégénératives (Parkinson, Alzheimer, Corps de Lewy), ainsi que les soignants, aidants et bénévoles.

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Monsonges

Tout songe est mensonge, dit-on.

Est-ce un songe ? et mes yeux ne m’ont-ils point trompé ? se questionne Racine tout comme le spectateur, planant dans une ambiguïté entre réalité et fiction. Au sein même d’un lieu de soin, où vivent soignants et soignés, chacun songe à quelque chose. Le trouble est semé entre ce qui est réel et ce qui ressort de l’illusion, telle une pièce de théâtre. Dans ces pièges à regard, se trouvent des personnages extra-ordinaires nous transportant dans un monde onirique, où les rêves viennent accomplir des désirs inouïs.

Qui est l’auteur, et à quoi rêve-t-il ? Le rêveur, à l’instar de l’acteur de cinéma, vient effacer toute frontière entre la véracité et le faux-semblant, entre la raison et la folie. Tout le monde rêve. Tout ce qui appartenait au monde de l’occulte devient alors le lieu de l’accomplissement d’un désir, si bien que chacun joue son rôle dans des films homériques.

Malgré l’étrangeté, c’est bien son auteur qui a fait le rêve, il en est le seul gardien des songes. Décrypter le rêve, c’est aussi s’adresser au divin et au surnaturel. Tel cet ange noir tombant des loges d’un théâtre ou les mains d’un portier tenant les clefs de toutes les réponses.

Aussi, chacun est-il seul devant l’immensité de ce mystère. Ne voit-on pas une prophète retenant l’âme de sa défunte, avant de passer les portes en roses de l’au-delà ? Ou bien encore ces arbres aux cœurs fleuris, où oiseaux, peluches et papillons ressuscitent ?

Le rêveur a tous les éléments pour créer et mettre en scène son songe, même s’il n’en est pas le chef d’orchestre. Des allées et venues dans l’arrière-pays situent le songeur devant les fenêtres de l’invisible : qu’y a-t-il dans ce miroir ? Le bus aurait-il oublié de s’arrêter ?

Mon rêve, mon songe, c’est ce à quoi je pense et que je sais chimérique. Il se produit sur une autre scène, celle où Éros tient le premier rôle, mais seulement par le truchement du déguisement. Ainsi, la poupée volante se transforme en mariée et s’échappe en plongeant dans un océan de roues, tandis que le goal reste piégé dans sa cage.

La vérité, captée au sein d’images aussi nettes que démêlées, figure-t-elle dans les songes ? La réponse vagabonde entre le vrai et le faux.

Les songes nous protègent peut-être de vérités inconnues. « Je dis toute la vérité : pas toute, parce que toute la dire, on n’y arrive pas », dit le prêtre. La vérité, aussi romanesque soit-elle, reste incontournable. On peut l’approcher, la cerner, sans jamais cesser de la rater, d’où impasses et surtout mensonges. Le ment-songe n’est pas vérité fausse, comme pouvait l’annoncer le Lord aux hommes pendant leur sommeil en poussant leur lit, mais vérité menteuse, jouée par tous les aidants-aidés, acteurs du théâtre de la déambulation.

Monsonges fait entendre autre chose. À chacun de deviner son mirage.

Géraldine Casinos, psychologue
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